At those terrifying frontiers where the existence and disappearance of people fade into each other

At those terrifying frontiers where the existence and disappearance of people fade into each other
Basel Abbas & Ruanne Abou-Rahme
2019
Vidéo monobande, son à 2 canaux
10:54 minutes

« And so our need for a new consciousness at those terrifying frontiers where the existence and disappearance of people fade into each other. »

-Edward Said, After the Last Sky

Des fragments tirés de l’œuvre la plus personnelle et poétique d’Edward Said, After the Last Sky, sont détournés pour créer un texte qui réfléchit à ce que signifie aujourd’hui la construction d’une personne, d’un corps ou d’une entité comme « illégal·e ». Ce texte se mue en chanson, entonnée par les multiples avatars des artistes. Générés grâce à un logiciel à partir d’une seule photographie, les avatars de cette œuvre représentent des personnes ayant réellement participé à la « Marche du retour  » qui continue à avoir lieu le long de la frontière à Gaza, dans une zone en état de siège depuis 2006.  L’œuvre utilise des images de basse résolution ayant circulé en ligne, dont les données et les informations manquantes se trouvent traduites et représentées par le logiciel comme des cicatrices, des bogues, ou des traits manquants sur les visages des protagonistes, rendant manifeste la relation entre fugitivité, fragilité et futur.

Basel Abbas et Ruanne Abou-Rahme collaborent sur des projets autour de l’image, le son, le texte, l’installation et la performance. Leur pratique commune s’inscrit à l’intersection de la performativité, des imaginaires politiques, du corps et de la virtualité. Elle interroge un paysage contemporain caractérisé par un état de crise apparemment perpétuel et un « présent » sans fin modelé par une politique du désir et du désastre. Leur œuvre questionne cette suspension du présent et cherche à faire émerger un imaginaire et un langage entièrement différents, qui ne soient pas rattachés aux discours et aux récits coloniaux et capitalistes. Dans leurs projets, des récits, des figures, des sites et des gestes considérés comme secondaires sont excavés, inventés et activés, comme autant de matériaux servant à ré-imaginer les possibilités du présent. On y trouve fréquemment une réflexion à propos de la non-linéarité, sous les formes du retour, de l’amnésie et du déjà vu, dévoilant en chemin certains glissements entre actualité et projection (fiction, mythe et souhait), ainsi qu’entre ce qui est et ce qui pourrait être. Leur approche est généralement fondée sur l’échantillonnage de matériel, tant préexistant que produit pour l’occasion (son, images, textes, objets), remodelé ensuite en de tout nouveaux scripts. Cette pratique interroge les possibilités politiques, viscérales et matérielles du son, de l’image, du texte et du site, sous la forme d’installations multimédias et de performances live combinant son et image.